Bach Tombak

Suites pour violoncelle, zabre et autres tambours,


D'après les Suites pour violoncelles solo de JS Bach
Quelques mots sur la proposition artistique : Les 6 Suites pour le violoncelle composées par Jean-Sebastien Bach figurent à ce jour, parmi les œuvres majeures écrites pour cet instrument « senza Basso », entendons par là, en solo. Une chose bien singulière, si l’on considère que cet instrument n’en est alors qu’à ses débuts dans ce rôle de soliste ! Bach nous a légué des pièces brillantes par leur expressivité, leur équilibre remarquable, leur richesse polyphonique -s’appuyant ici sur une grande maîtrise de l’écriture en contrepoint et exploitant parfaitement la technique du jeu de l’instrument, tout autant que son ambitus. Bach nous propose alors un cheminement à la fois complexe et saisissant de vérité et de perfection, pour l’interprète et son auditoire. Et nous voici à offrir une lecture des Suites comme un « Pas de Deux ». Car d’un programme pour instrument soliste, nous avons voulu proposer une rencontre comme un parcours conjoint au travers de ces pièces. Une « incartade » à l’écriture soliste certes, mais avant tout une exploration voulant mettre en lumière la profondeur de l’écriture de Bach, la richesse de son discours, tout autant que son mouvement intrinsèque… Autrement dit, en explorant ce répertoire à deux corps et au moins autant de voix, nous voulions en souligner et partager les mouvements, les émotions et les humeurs. Car chacun le sait, Bach organise ses pièces en proposant des successions de danses comme le voulait l’usage de l’époque : allemande, courante, sarabande suivies d’une bourrée, d’un menuet ou d’une gavotte, le tout étant précédé d’un prélude et conclu d’une gigue. On peut alors dire que l’ossature de chaque pièce est constituée de danses au grand potentiel expressif, lié entre autres choses déterminantes, au rythme qui les composent…Dès lors, quoi de plus pertinent que d’inviter le tambour à venir se mêler au chant du violoncelle? Le tambour, nous l’avons pensé certes comme soutien, puisqu’il est présent le plus souvent en appui des danses évoquées. Mais nous lui avons parfois donné le rôle de se mouvoir sur ce contre-chant si présent dans tous ces mouvements, Enfin nous lui avons demandé de mettre ses couleurs au service des humeurs de pièces, qui nous proposent toutes un univers poétique ou tout se tient… Or en abordant ce projet, nous étions tous les deux convaincus que si notre idée était bien de révéler les arcanes de ces Suites, en invitant d’autres instruments, nous ne souhaitions nullement nuire aux couleurs de la partition originelle en leur donnant une teinte « orientale ». C’est pourquoi un soin tout particulier a été pris dans le choix des instruments en question. Nous avons ainsi choisi des instruments qui pourraient avoir le rapport le plus « organique », naturel et spontané possible. Ainsi, nous exprimons-nous sur le violoncelle baroque fait de bois et de boyaux et sur le zarb et les tambours sur cadre qui sont également fait de bois et de peaux. Les cymbalettes de doigts, instruments d’accompagnement de la danse par excellence dans tout le monde musical oriental, apparaissent parfois pour souligner le brillant et le scintillement de certaines danses. Au delà de cette complicité entre instruments reposant sur le lien des matières entre-elles, notre choix s’est porté sur des percussions issues de la culture persane, qui présentaient des caractéristiques de jeu, de timbre et de tessiture à même de pouvoir s’accorder le plus finement possible avec la partition de Bach. Tous ces tambours digitaux possèdent des voix que l’on pourrait dire proches de celle de la voix humaine - ce en quoi ils rejoignent parfaitement  le violoncelle ! Leur jeu peut-être épuré ou richement ornementé, et à même de proposer un caractère « mélodique », chose intéressante par-dessus tout pour ce qui est de partager ces Suites, qui s’amusent elles-mêmes de toutes ces possibilités!   Enfin, en abordant ce programme, nous souhaitions tous deux en partager les mouvements, les émotions et les humeurs. Autrement dit nous engager conjointement dans ces danses. Car s’il est une chose qu’il faut souligner ici c’est que notre proposition se base finalement sur le partage de la musique et de l’instant poétique dont Bach nous ouvre les portes. Le partage du temps, le partage du souffle  et du geste qui nous portent, le partage du mouvement qui en résulte, enfin, le partage avec ceux présents à nos côtés pour nous suivre dans ce transport. Fabrice Bihan-Violoncelliste/ Julien Lahaye-percussionniste